Jeudi le 24 mai 2007
De la mère de Samuel,
J'aimerais tout d'abord remercier Audrey-Ann et ses amies pour la création de ce vidéo. Il est clair pour moi que c'est un geste d'amour et je voudrais que vous sachiez combien ce geste me touche.
Mon fils me manque infiniment, mais depuis ce terrible événement, l'amour entre à pleine porte et à coups de téléphone chez moi. J'ose me dire que Samuel voit tout cela d'où il est et s'il n'était pas toujours conscient de cet amour qu'on lui portait, maintenant il sait. Samuel était le genre de garçon que toute mère rêve d'avoir, il m'a donné 17 belles années. Il était à la fois intelligent, plein d'humour, plein de vitalité, très touchant et un ami fidèle pour tous ceux qu'il a côtoyé.
Personne n'a à prendre sur ses épaules la responsabilité de son départ. Je viens de perdre un fils, mais j'ai je reçu l'amour de centaine d'adolescents et même d'enfants qui le considéraient comme leur grand frère. J'ai partagé ma douleur avec Alex que je considère aujourd'hui un peu comme ma fille. Elle aussi aura besoin de votre amour et de votre support.
Les choses ne sont pas toujours ce quelles semblent être. Si la version officielle de ce terrible événement reste celle du suicide, je crois fermement que c'est un accident. C'était un appel à l'aide qui a mal tourné.
Faire le deuil d'un être qu'on a profondément aimé passe par toutes sortes d'étapes : la colère, la culpabilité, l'incompréhension, la tristesse profonde, la douleur qui nous saisie au ventre et qui nous semble insurmontable. Nous souhaiterions pouvoir remonter le temps, changer le cours des événements, refaire ce scénario pour que cesse ce cauchemar. Mais rien n'y peut.
Samuel restera toujours en nos c½urs dans la mesure où au lieu d'entretenir la culpabilité qui n'est que destructrice, nous puissions transformer cette douleur en actions créatrices. Des gestes souvent simples et dont plusieurs ont parfois oublié le sens : sourire à ceux que l'on rencontre, il y a peut-être une âme désespérée derrière ce visage. Écouter l'autre et prendre le temps d'entendre ce qu'il a à dire. Éviter les jugements de valeur, les propos haineux et violents ; ils font souvent plus de tort qu'on ne l'imagine.
Depuis quelques années Samuel s'était fait de nombreux amis à l'école. Il s'était fait une place qu'il n'a malheureusement pas toujours eu dans le passé. Des difficultés énormes sur le plan scolaire et le rejet par certains de ses pairs ont fait en sorte qu'il entretenait souvent de lui-même une image négative. J'avais beau lui répéter que je croyais en lui, que je savais qu'il était capable, qu'il était intelligent et beau comme un c½ur. Une partie de lui ne le croyait pas vraiment et le mal était déjà fait.
C'était normal, me disait-il, que je lui trouve toutes ces qualités parce que j'étais sa mère. Certes, j'étais fière d'être sa mère. Dieu ne m'avait-il pas fait, en mes deux fils, le plus beau cadeau qui soit ? Mais j'aimais et j'aime toujours profondément Samuel, tout comme ses nombreux amis, pour ce qu'il est et qu'il a toujours été.
Je garde en mémoire l'image de cet être sensible, de cet être qui cherche désespérément l'amour autour de lui, cet être qui veut être quelqu'un, qui a besoin de croire qu'il est quelqu'un.
Il était tellement plus!
Avec tout mon amour et pour toujours...
Maman